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Établir un lien causal entre deux événements, phénomènes ou situations est une opération mentale qui est au fondement de notre compréhension du monde et de notre capacité à agir sur lui. Le plus souvent, cette opération est menée de façon intuitive et inconsciente. Par exemple, lorsque la main lâche un objet, ce dernier tombe ; en conséquence, le cerveau humain comprend très vite, dès le plus jeune âge, que le fait de lâcher un objet entraîne sa chute.
Mais les relations de cause à effet ne sont pas toujours aussi faciles à établir. Bien souvent, les scientifiques ont accès à des liens statistiques entre les phénomènes qu'ils étudient, relations que l'on nomme corrélations et qui les renseignent sur les probabilités (ou les fréquences d'occurrence) des phénomènes en question. Le défi consiste alors à identifier correctement les relations de causalité, c'est-à-dire à déterminer, dans l'ensemble des phénomènes considérés, lesquels sont les causes et lesquels sont les effets. Quelle est la vision actuelle sur cette question ? Pour l'expliquer, nous allons prendre un exemple simple qui nous suivra tout au long de cet article.
Baptiste Coulmont, sociologue à l'Université Paris 8, tient un blog où, en particulier, il présente des statistiques sur les résultats aux épreuves du baccalauréat et les prénoms des candidats. On peut notamment y apprendre qu'en 2012, parmi les candidates au baccalauréat général ou technologique ayant obtenu une note d'au moins 8 sur 20 et ayant autorisé la publication de leur résultat sur Internet, plus d'un quart de celles prénommées Irène ont obtenu la mention « Très bien » – alors que, par exemple, ce fut le cas de moins de un pour cent des Alison. Ici, le prénom Irène et l'obtention de la mention « Très bien » sont « corrélés positivement », expression qui traduit le fait qu'il est plus probable d'obtenir cette mention en se prénommant Irène qu'en portant un autre prénom.
Faut-il en conclure que le prénom Irène est doté de propriétés spéciales, en vertu desquelles celles qui le portent obtiennent plus facilement la mention « Très bien » au baccalauréat ? Cette corrélation n'est-elle pas plutôt une conséquence de ce que les parents qui choisissent de prénommer leur fille Irène ont un capital culturel supérieur à la moyenne, donc une probabilité supérieure de voir leur enfant obtenir la mention

L'essentiel
- Déterminer les relations de cause à effet entre les phénomènes est une tâche quotidienne des scientifiques. Elle s'appuie souvent sur la mise au jour de liens statistiques, ou corrélations.
- La déduction de liens de causalité à partir de corrélations fait l'objet de théories fondées sur l'idée qu'un effet est davantage probable en présence d'une de ses causes qu'en son absence.
- Des algorithmes inspirés de ces théories sont utilisés dans les sciences empiriques.
Références
I. Drouet, Causes, probabilités, inférences, Vuibert, 2012.
C. Hitchcock, Probabilistic causation, dans The Stanford Encyclopedia of Philosophy (Winter 2012 Edition), E. N. Zalta (ed.), disponible sur : http://plato.stanford.edu/archives/win2012/entries/causation-probabilistic/
N. Cartwright, Are RCTs the gold standard ?, BioSocieties, vol. 2, pp. 11-20, 2007.